19.1.17

Ma routine grossesse anti-vergeture

Vous l'avez lu partout, vous l'avez entendu 100 fois : les vergetures sont héréditaires. Ça dépend de l'élasticité de la peau. Les crèmes sont inutiles. Si tu dois craquer, tu craqueras.

Moi, je n'y crois pas et je vais vous expliquer pourquoi !


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Il faut savoir plusieurs choses à mon sujet.

Je suis accro au poivre, je déteste dormir les cheveux mouillés, et j'avais une hantise des vergetures.

Comme la vie est mal faite, j'ai assez rapidement constaté que j'avais une peau de merde sujette aux vergetures, puisqu'à mon adolescence, mes hanches et toute la région alentour ont craqué. Avec des antécédents familiaux, j'étais persuadée que j'en hériterai également pendant ma grossesse.
Pourtant, enceinte d'Aaron, j'ai réussi à échapper aux vergetures. Mon ventre s'en est sorti haut-la-main pour mon plus grand bonheur, j'en ai juste eu quelques unes, très fines, là où j'avais beaucoup grossi et que je n'avais pas pensé à hydrater, à savoir le haut des cuisses.

Je suis enceinte pour la seconde fois, et j'ai décidé de répéter mon rituel d'hydratation.
Petit récap de mes astuces anti-vergetures de grossesse.


1- Hydratation

La première idée que les femmes ont en tête pour éviter les vergetures, c'est l'hydratation de la peau. Je pense qu'elles ont raison! Puisque les stries sont une conséquence de la distension excessive de la peau, une peau bien hydratée, c'est logiquement une peau plus souple, non? La preuve, le seule endroit qui a craqué pendant ma grossesse c'est celui que j'avais oublié de crémer.

Comme je suis obsessionnelle et que je passe des heures entières à faire des recherches sur internet, je peux vous affirmer que les crèmes et huiles que j'ai sélectionnées ne sont pas dans ma liste par hasard.
Le matin, j'applique la crème riche Jonctum, qui est composée de Centella Asiatica alias "l'herbe du tigre" une plante magique aux milles vertus dont celle de la stimulation de production de collagène.
Le soir, j'ai opté pour l'huile de massage anti-vergeture de la marque Weleda, une marque réputée pour ses compositions toujours naturelles. La présence d'huile de germe de blé riche en vitamine E, anti-vieillissement des cellules, a fini de me convaincre.
Ces deux produits sont deux que j'ai utilisés pour la grossesse d'Aaron, de la 20ème semaine jusqu'à mon accouchement (et un peu après!). Quotidiennement !
Cette fois-ci, je vais ajouter une nouvelle huile qui m'a également séduite, et que j'appliquerai en plus des deux autres : l'huile sensorielle de la marque Daylily Paris. Une huile au parfum exceptionnel (mélange de petit beurre et de pop-corn au caramel) qui fait un bien fou aux sens, pour un moment de détente parfait lors de l'application (et un bon massage, c'est aussi la garantie d'une pénétration optimale de tous les actifs du produit, donc à ne pas négliger) mais surtout une composition au top, avec des huiles naturelles dont celle du rosier muscat, un ingrédient anti-vergeture réputé, et un actif que je ne connaissais pas auparavant, la dermochlorella, extrait d'une micro-algue verte aux propriétés régénératrices surpuissantes.

Tous ces produits sont indiqués pour prévenir l'apparition de vergetures, mais aussi lutter contre celles déjà existantes. Si par malchance, des vergetures venaient à apparaître sur mon ventre, j'essayerai sans attendre deux autres produits pour parvenir à les estomper:
En premier lieu, le très réputé Aloe Vera. On peut en acheter sous forme de gel pur en magasin bio. Il ferait des miracles si l'application est régulière.
Un autre produit dont j'ai entendu parler, beaucoup moins connu, mais apparemment extrêmement efficace: l'huile de Tamanu. Une plante tahitienne aux pouvoirs extraordinaires, notamment utilisée pour traiter les brûlures.

Une peau hydratée, ce n'est pas seulement à l'extérieur... C'est quelque chose que l'on a tendance à oublier, alors mes deux astuces d'hydratation intérieure:
-Boire énormément d'eau. Je bois au moins une bouteille entière, tous les jours, et je m'achète des eaux minérales de marques différentes, pour varier les apports minéraux.
-Avaler une capsule d'huile d'onagre et de bourrache chaque jour à partir du deuxième trimestre. Ces huiles aux propriétés régénérantes vont booster le renouvellement cellulaire et donc l'élasticité de la peau.


3- Alimentation

Pour éviter les vergetures, la première clé c'est la limitation de la prise de poids lors de la grossesse et faire en sorte que la prise de poids sera progressive.
Pour Aaron, j'ai pris progressivement mais je suis tout de même montée à 18kg, ce qui correspond à une prise de poids supérieure à celle recommandée. Je dois avouer que je n'avais pas beaucoup surveillé mon alimentation (traduction je me suis gavée de pizza et de KFC pendant 9 mois). Par chance, mon rituel de soin a tout de même réussi à épargner ma peau, mais cette fois-ci, ne serait-ce que pour l'équilibre et la bonne conscience, j'ai décidé de soigner mon alimentation et faire attention à ce que j'allais apporter à mon corps.
Avocat, noix, poissons gras comme le saumon, huile d'olive riche en oméga-3 sont autant d'aliments riches mais sains qui participent à la souplesse de la peau.


3- Homéopathie

Mon dernier secret anti-vergetures ! D'après mes recherches, seraient efficaces dans la prévention des vergetures : Calcarea fluorica 4 CH, Silicea 4 CH et Graphites 4 CH (3 granules de chaque par jour). Pour Aaron, j'avais pris Calcarea fluorica et Graphites. 


Dans cette phase déjà bouleversante sur le plan physique, j'espère que ces petites astuces pourront vous être utiles et vous aider à entretenir une belle peau pendant votre grossesse. Au bout du compte, l'essentiel c'est bien sûr un enfant en bonne santé. 
Mais une maman bien dans son corps, ça n'a pas prix... alors autant mettre tous les chances de notre côté !



L'huile sensorielle DayLily Paris © Ourson Chéri


16.1.17

Tiens-toi droite



Je suis voûtée. Je me tiens comme ça tout le temps. Même debout. Assise on dirait presque que je suis atteinte d'une maladie osseuse tant ma colonne est pliée. En Thaïlande, on a plaisanté là dessus avec G qui se tient parfaitement droite en tout circonstance. C'est tellement plus joli et élégant. Pourquoi j'ai la flemme de me tenir comme ça. En plus elle a raison ça doit pas être bon pour moi. En fait, je crois même que ça ne doit pas être bon pour nous.  


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-Allez-y, restez debout, tenez-vous droite, voilà, ah vous avez quand même une jolie scoliose hein, ok, allongez-vous, on va regarder tout ça. Ce que vous me décrivez, c'est quand même typique d'une hernie hiatale, il faudrait que vous fassiez une fibroscopie, demandez à votre gyneco. 


Le plafond est blanc, le cabinet est froid mais rassurant et il y a une petite musique de fond, style asiatique, qui passe avec un bruit d'eau qui coule, le genre de bruit qui vous donne tout de suite envie de pisser. 
Je suis enceinte de 15 semaines et je suis enfin chez l'ostéo parce que je vis un calvaire depuis deux mois. Genre celui qui vous mène limite au bord de la dépression. Si je mange, je souffre, et comme je ne suis pas devenue anorexique, ben je morfle. Chaque bouchée m'emmène en enfer, il suffit que j'attende 5 minutes et les brûlures arrivent. Je les sens monter depuis le fond de mon œsophage, je serre les dents, je ravale ma salive, je bois de l'eau pour me soulager, mais la seule chose qui me soulage, l'espace de quelques minutes, c'est avaler une deuxième bouchée. Alors j'y vais, et 5 minutes après il ne me reste plus que mes regrets. 
Au début j'ai tenu bon. 
Semaine 6, je préviens mon gynéco, il me prescrit des cachets, je vais à la pharmacie direct en me disant que je gère comme une as, que la vie est belle, et que cette grossesse sera parfaite. 
Semaine 9, je sature et les vomissements arrivent, forcément, à force de brûler, c'est tout mon corps qui rejette la bouffe. Avant les repas, après, deux heures plus tard. Mais pour Aaron, tous les symptômes hormonaux se sont arrêtés en semaine 10 alors je tiens le coup, le bout du tunnel n'est pas si loin et je découvre Inexium pleine d'espoir. 
Semaine 11, les cachets sont inutiles, ma patience a disparu, chaque repas est un calvaire, chaque jour un nouveau combat. Mon dilemme quotidien? Me demander si je dois me retenir de vomir et traîner mon mal en silence ou tout lâcher et vomir, même dans la rue. Dans le RER, dans la voiture, dehors, chez mes amis, au travail, à la maison, dans mon bain, dans la chambre, devant mon fils. Se tenir la gorge, respirer profondément pour l'éviter, finalement vomir, peu importe où, 7 jour sur 7, 24 heures sur 24. C'est mon corps qui décide à ma place, ma tête ne lui répond plus. Et tous les soirs en fermant les yeux les larmes coulent d'épuisement et de douleur. 
Les semaines défilent, le samedi est mon jour de référence, celui qui marque la date anniversaire, une nouvelle étape. Et chaque dimanche je me rends compte que rien n'évolue. Ça empirerait presque.
Semaine 14, même en vacances ça m'a poursuivi. Même au bout du monde, même sans travailler, même quand je déambulais dans la rue sous le soleil de Bangkok et que les Thaï faisaient griller leurs putains de brochettes qui me dégoutaient, même à la plage avec une coco dans la main, même le soir après avoir mangé un pauvre bol de riz gluant, partout, tout le temps. 
 
14sa+4j. Je suis rentrée à Paris.
Aujourd'hui, j'ai encore vomi au travail. Quand je me suis levée de ma chaise, j'ai vu des étoiles, il paraît que j'étais blanche comme le mur, il est quatre heure et demi, je suis partie, et je sais pas ce qu'il s'est passé, mais j'ai tout oublié. Trou blanc. Je n'ai plus de forces. C'est fini. Je me suis assise par terre sous la pluie. 

J'ai pu appeler le Mari. Je suis rentrée en Uber et je suis allée chez le médecin. Arrêt. À nouveau. La suite c'est 12 heures de sommeil, et une résolution : l'osteo. 
Hier j'étais fatiguée, aujourd'hui je suis en colère. Je veux qu'on me sorte de là. Je veux profiter de ma grossesse. Je veux que mon bébé arrête de m'entendre pleurer tous les jours. Je veux aller bien. Aidez-moi à aller bien. 

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-Ouh la la mais vous êtes complètement fermée !
-Hein?
-Le thorax, madame ! Vous êtes fermée. A double tour. Vous êtes complètement repliée sur vous-même ! Regardez, c'est dingue, quand je vous manipule, votre tête part avec le reste du corps. 
- [...]
-Vous gardez trop pour vous. Vous êtes une fausse calme, non? 
Il me sourit, jusqu'aux oreilles. Touchée. Je réponds timidement par un sourire mais je pourrais éclater en sanglots. 
-Vous somatisez vos émotions... Vous comprenez ce que ça veut dire ? Ben voila. Je dis pas que tout vient de là hein, votre reflux il est costaud, mais vous vous repliez beaucoup trop sur vous aussi... votre corps, vous ne l'aidez pas. 

Je ne l'aide pas. 
Je somatise quoi ? Tout. Je sais déjà. Je somatise peut-être la peur de ne pas être à la hauteur, la peur qu'il ne soit pas en aussi bonne santé, d'ailleurs il faudra encore un peu de patience pour le confirmer, la deuxième écho, fin février, et on sera fixés. 
Je sais, l'artère ombilicale unique est l'anomalie de cordon est la plus fréquente, mais vous savez, moi je veux juste qu'il soit en bonne santé et les autres, ceux à qui c'est arrivé, je ne veux pas savoir comment ça s'est passé. 
DPNI, prise de sang, vous aurez les résultats en janvier, ah par mail vous préférez, vous serez à l'étranger, ok. 

Relever ses mails en captant le wifi dans un salon de massage à Koh Samui. Vous aurez beau sortir d'un massage d'une heure à l'huile chaude de noix de coco pour la modique somme de 400 bahts vous somatiserez, encore. La tension reviendra, en un clin d'œil, jusqu'à ce que vous voyiez le nom du médecin s'afficher sur un mail en gras, et que vous lisiez en toute lettres "Tout va bien". Il reste l'écho morpho à passer, là on sera tranquille, mais il l'a dit, il l'a écrit. Tout va bien. 
Mon bébé...
Je vais arrêter. Je vais me calmer. Je vais y croire à nouveau. Tout va bien se passer. 
Je vais les enfermer et jeter la clé. Mon stress, mes angoisses, mes déceptions, mes peines, ma culpabilité, mon hyperémotivité, les gens méchants, les gens ignorants, les gens qui se foutent de mon bébé parce que c'est le deuxième et qu'il est invisible à leur yeux. 
Je vais arrêter de somatiser et je vais me tenir droite. 

Semaine 15 
Inexium, motilium, osteo, beaucoup de larmes et un MacDo, histoire de tout gâcher. J'ai mangé ce qui m'est déconseillé, pourtant j'ai l'impression que ça va, au moins un tout petit peu mieux. Je souris.
Le premier trimestre est fini, sûrement le pire de ma vie. 
Mais pour la première fois, j'ai senti mon bébé bouger. 
Et l'espace d'une seconde, juste le temps d'un micro coup de pied, j'ai absolument, littéralement, passionnément, tout oublié. 


© Ourson Chéri





28.12.16

Compter les jours (bref, essayer de faire un deuxième)

Négatif. Une seule barre de merde qui s'affiche et j'ai beau me rapprocher du bâtonnet à en loucher, pas l'ombre d'une deuxième barre croisée, cette deuxième barre qui représenterait le fameux "+++", vous savez, celui que l'on se souhaite entre essayeuses sur les forums de grossesse. C'est négatif pour ce mois-ci, partie remise, a dans 28 jours. 
Je suis obsessionnelle, impatiente, excitée, angoissée, heureuse, perdue. 

Bref, j'essaie de faire un bébé. 

Bienvenue dans les coulisses. 

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J'avais tout prévu, même mon annonce à David et, j'avais aussi une idée de l'article que j'aurais pu poster. J'y ai pensé dans le train du retour, quand j'avais ces crampes et rien d'autre à faire que l'horizon à regarder. J'ai foire mon annonce pour Aaron, alors cette fois, je vais faire les choses bien, une annonce grandiose, qui lui coupera le souffle, qui le rendra heureux immédiatement. J'avais tout prévu. Sauf le "+" sur le test. 

Les ennuis commencent. 
Je repense à la soirée des étoiles filantes. 
Un soir d'août, dans le sud de la France, on a décidé de ne pas se coucher tout de suite, on a enfilé un pull et on est allés s'allonger au bord de la piscine pour regarder les étoiles filantes (la teamsnapchat sait). J'en ai vu trois, mais comme je n'étais pas totalement sûre, j'ai fait le même vœu, trois fois, pour être sure qu'il se réalise. Si j'avais eu un "+" j'aurai remercié les étoiles. A la place je m'en veux, à moi. 
J'ai eu des crampes, des pertes, des vertiges, des contractions. Tous les matins et tous les soirs. 
J'ai fait des calculs, écumé 1000 forums, fait 2 prises de sang, 2 tests urinaires, le tout beaucoup trop tôt, alors j'ai attendu, espéré, cherché les mêmes symptômes que moi sur internet, en maudissant les forums, où tout le monde raconte son problème et jamais personne ne vient donner le dénouement. 
J'ai fini aux urgences, à force, dans cette maternité qui m'a donné Aaron et que j'aime tellement. 
On va vérifier tout ça, on va faire une écho, d'accord, oui, j'attends, c'est trop tôt pour voir, ok j'attends, pas de grossesse extra-utérine, super, j'attends, on va refaire une prise de sang, parfait, je reviendrai dans deux jours vérifier, oui, vous m'appellerez ce soir mais tard, ok. J'attendrai. 
J'attends toute la soirée le portable collé à ma main, je cherche des mots clés incompréhensibles à part pour une femme en essai bébé, "pds dpo 10" (si tu connais la traduction, tu en es peut être au même point que moi), oh et puis pourquoi elle rappelle pas, allez, j'appelle, oui bonsoir j'attendais les résultats d'une prise de sang, d'accord merci, oui j'attends. 

Attendre, attendre, attendre. 
Et puis en quelques secondes, tous les films que l'on s'est fait (date d'accouchement, saisons que l'on traversera enceinte), tous les sites que l'on a consultés (tableaux taux hcg jour par jour) sont balayés d'un revers de la main, par Sarah, l'interne qui décroche pour vous dire que c'est négatif et que ce n'est même pas la peine de tester à nouveau dans deux jours, nan, vraiment, c'est pas la peine. C'est mort. 
Parce que vous ne comprenez pas quel tour votre corps vous a joué, lui qui est réglé comme du papier à musique depuis votre puberté avec des cycles de 28 jours à l'heure près et sans la moindre hormone depuis 20 mois, vous entrez dans le déni. Ces médecins ne comprennent rien, n'importe quoi, c'est impossible, je n'ai jamais ressenti ça avant, je suis enceinte, obligatoirement. Je m'en fous, je referai un test dans 48 heures à 14 dpo et là, pour de bon, je saurai, je serai fixée. 

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Je suis à 14 dpo. Il est 7h00 et j'écris dans le métro. Ce matin, le test était négatif. Sarah avait raison. Mon corps s'est foutu de ma gueule pendant une semaine entière. Je ne le comprends plus. 
Mon corps y a cru. Il est aussi naïf et bête que moi. 

J'ai été déçue. J'écris et j'avoue que le sourire me revient. Je n'ai attendu que 15 jours. Je ne sais rien de l'attente, la vraie. Celle qui crée la surprise, celle qui fait qu'on n'ose même plus espérer. 
J'ai eu la chance de tomber enceinte d'Aaron après un cycle d'arrêt de pilule. Je ne sais pas combien de temps ça mettra cette fois, mais je viens de réaliser à quel point je voulais de ce bébé. On voulait ce bébé. Le mari aussi me l'a dit. 
On ne sait pas combien de temps on l'attendra. Mais on est sûrs cette fois, on est prêts. Je vais apprendre la patience, je vais apprendre à ne plus traîner sur les forums pour trouver des réponses qui me feraient vivre sur des espoirs, ça tombe bien je n'en pouvais plus de lire zhom, gygy, reds et les voir comparer leurs taux, non je vais arrêter d'interpréter des signaux, je n'achèterai plus de lots de tests de grossesses précoces pour vérifier "jusqu'à 5 jours avant", je laisserai faire, patiemment, parce que c'est la nature, c'est la vie et que le jour où je le verrai, ce putain de +, je le verrai comme il sera : un cadeau. 

Ce soir, on ira quand même à la fête des tuileries, là ou je voulais lui annoncer ce qui n'existe finalement pas. C'était un clin d'œil à notre histoire. Le 10 mai 2009, on fêtait fièrement notre deuxième mois d'amour, on mangeait des pizzas et des sushis dans un drôle de restaurant qui proposait les deux, et on filait à la fête des tuileries. On dépensait une fortune en jeux à la con, on se prenait pour Mr and Mrs Smith au stand de tir et on repartait vainqueurs d'une souris rose qui disait "I love You" que l'on décidait de baptiser Serge (psst, petit aparté, je l'ai toujours, elle est dans le cartons "merdouilles" dans l'entrée. Pourtant Serge est loin d'être une merdouille, croyez-moi).  
Ce soir, 7 ans plus tard, 14 dpo, on y retournera. Je voulais lui annoncer au sommet de la grande roue que j'étais enceinte. Je ne le suis pas. De toute façon j'ai le vertige c était une idée à la con. 
A la place, on va bouffer des conneries et gagner une autre peluche moche au stand de tir. Voila. Mon plan est tombé à l'eau mais on sera heureux quand même. 
J ai hésité à garder cette soiree surprise pour le-jour-où-j'aurais-vraiment-quelque-chose-à-annoncer, et puis j'ai décidé de tout laisser intact. 

On ne peut rien prévoir. 
Ni son "+++", ni son annonce. 
On dit que la vie, c'est ce qui arrive en dehors des plans que l'on fait et c'est tellement vrai pour moi. Je prévois tout. Beaucoup trop. Et je n'apprécie plus rien. 
Ce bébé n'existe pas encore mais il m'a déjà appris des choses. 
Pour lui, je vais laisser la vie me surprendre. Un jour, j'aurais une annonce à faire. 
Et ce jour-là, pour la première fois... j'improviserai

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Octobre 2016

Dpo 11. 
Prise de sang positive, taux bêta hgc : 46/ui 

Apres 4 cycles incompréhensibles de 26, 22,  23 et 25 jours, je suis tombée enceinte. 
La deuxième peluche que l'on a gagnée au Tuileries, 7 ans après Serge, nous a servi pour l'annonce. 

La vie est ironique. 
Non. 
La vie est belle. 





© Ourson Chéri

12.12.16

Pour lui, pour nous, pour la vie {Un nouveau cocon}

J'ai mal à la gorge, je me suis mouchée 17 fois depuis mon réveil, j'ai mis les premières fringues que j'ai trouvées dans la pénombre, celles qui dépassaient d'un carton entrouvert, zappé le mascara et oublié de me coiffer. Je suis un as de pique malade et fatigué, mais je vais passer une bonne journée. Ma vie a un peu changé.
Hier, j'ai déménagé. 

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On est partis. Voilà. 
J'avais hâte, vraiment hâte. Je suis tombée amoureuse de notre nouvelle maison, j'ai su tout de suite que ce serait chez nous. 
N'empêche. 
Hier je l'ai vu vide, cet ancien chez-nous et tout est revenu, comme dans un film. On est arrivés là on était deux et demi. Je ne savais pas. J'ai fait des faux négatifs dans ces toilettes, je l'ai annoncé à David dans ce salon. Là, à cet endroit. J'ai traîné dans la deuxième chambre vide quand j'ai su que c'était un garçon et j'y ai appris à changer ma projection. On mettra du bleu ciel et du gris souris. C'est joli aussi. Du blanc. Oh, et je lui achèterai des petits polo et des mini mocassins.  
Je vais avoir un fils. Moi. Qui pensait que je n'aurais que des filles, comme ma mère. Je serai finalement une "maman de garçon". C'est si spécial à mes yeux. Je ne savais pas que ce serait pour moi. Et pourtant. J'ai eu un fils. Mon petit garçon.

Il y a cette cuisine qui me donnait la nausée au premier trimestre, avec une odeur que seule moi pouvait détecter et que j'ai détestée pendant 6 semaines, puis oubliée pendant deux ans. Tu te souviens quand on s'est embrouillés à cause d'un pavé de saumon et que je t'ai chassé de la cuisine en te poussant dehors ? Foutues hormones. Cette salle de bains et cette douche à l'italienne que j'aimais tellement, sous laquelle je me détendais enfin j'essayais quand je faisais du faux-travail.
Cette chambre, notre chambre. Notre coin, nos séries, nos films, nos marathons Seigneur des Anneaux, nos plateaux télés avec des miettes énervantes dans les draps, nos fous rires interminables, nos baisers les plus amoureux, nos jambes qui se touchent deux fois avant de dormir pour dire je t'aime, nos grasses mat les moins précieuses, celle de l'époque où l'on ne connaissait pas encore leur valeur. Et surtout ce couloir, ce foutu couloir dans lequel je gesticulais pour vérifier que j'étais bien en train de perdre les eaux, toi qui hurlais que je niquais le parquet, et moi, qui dansait en peignoir. On va être parents. On l'a su là, dans cet appartement.

Il a été marqué par ma grossesse. J'ai vu tout l'avant Aaron défiler devant moi. Et puis j'ai vu l'après. Lui et ses 53 cm dans son gilet bleu tricoté par son arrière grand-mère, lui dans son couffin quand on est rentrés de la maternité, la première nuit à la maison, quand on est perdus avec une poupée vivante dans nos bras et le cœur prêt à exploser d'amour. Le premier Noël, quand il avait trois semaines, et qu'il a fallu 3 personnes pour réussir à lui changer sa couche. Lui qui rampe sur la moquette bleue de sa chambre, lui qui se met debout dans son lit, lui qui marche dans l'entrée avant même qu'on ne lui enlève son manteau, lui qui parle pendant le déjeuner. Lui qui me dit son prénom sur sa chaise haute et moi qui pleure. Trop d'émotion. Lui qui joue à cache-cache dans mon dressing, lui qui rit aux éclats, lui qui nous appelle quand on regarde la télé dans le salon, parce qu'il nous entend, parce que sa chambre on ne la ferme jamais complètement et ça fait 2 ans. Lui, qui a rendu cet appartement vivant. 

J'ai claqué la porte en souriant et j'ai constaté que je n'avais rien revu des "mauvais souvenirs". Maintenant que j'y pense, il y a bien eu ces nuits interminables à le bercer dans sa poussette entre l'entrée et la chambre, le reflux, les missions gaviscon, le babyphone qui répandait la terreur sur nos tables de nuit dès qu'il s'allumait alors qu'on rêvait. Les dents, les fois où on l'a mis au coin. Avec le temps, tous les souvenirs sont bons. Ses dents sont sorties quand il avait 4 mois et maintenant il a le plus beau sourire de la Terre. Parfois, oui, on le met au coin, pour réfléchir, se calmer, et puis on compte dans notre tête jusqu'à 30 et quand on va le retrouver il se jette dans nos bras pour le meilleur calin-explicatif-assis-en-tailleur de l'univers.

Voilà mon petit cœur, on s'en va. On change de maison, il faut que j'arrête de dire maison puisque c'est un appartement, mais on s'en fout, c'est la maison, tu comprends ? Tu auras une nouvelle chambre, il y en a même une autre, vide, pleine de cartons, elle est là pour le jour où tu seras grand frère, ça arrivera un jour ça, tu sais ? Il y a une terrasse, pour fêter l'anniversaire de ceux nés l'été et faire des siestes sur un canapé rond avec le ciel bleu comme horizon. Ce sera chez nous et bien sûr, chez toi, d'ailleurs, tu sais, c'est sûrement pour toi qu'on a fait tout ça. 
On va s'en refaire des souvenirs. 
Plein. 
On a encore trop à vivre, ici, ailleurs, maintenant, demain, au bout du monde et au coin de la rue. 

On a passé la journée la plus épuisante. Je suis malade, j'ai le dos en compote, toi tu nous sors une toux aboyante et un 38,8 au réveil, ton père a failli perdre un bras et ses orteils. Mais on est arrivés. 

On a tout lâché, on a mangé un japonais, et puis on t'a couché dans ta nouvelle chambre, il y avait Coco, Mana, Dory, Chien-Chien. T'as rien dit, t'étais tout sage et tu t'es même endormi. Puis on t'a entendu tousser 4,5 fois, pleurer un peu, alors on est venus te chercher, et puis on a dormi ensemble, crevés, en miettes, mais tous les trois, serrés forts sous la couette, à se caresser la main. D'autres fois ce sera pour un cauchemar, d'autres fois ça n'arrivera pas. C'est chez nous maintenant, et ce sera notre cocon, notre maison, notre refuge après une journée de merde, après un RER en panne ou après une mauvaise note à l'école. 
On est là, on ne se quitte pas. Rien, jamais, ne nous séparera.  


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Pssst.  Vous dormez ? 

Moi non plus.

Je vous aime trop, vous le savez

Bonne nuit, mes amours de ma vie.  












1.12.16

732 jours

La veille du 1er décembre 2014, j'ai perdu les eaux assise sur mon lit pendant que je me baladais sur facebook. Je sortais de la douche, je faisais mon habituel tour de portable. J'ai senti. J'ai eu un doute d'abord, puis, plus aucun. Je savais que c'était ça. J'ai regardé devant moi, un peu perdue, dans le vague, et j'ai souris. J'ai attendu quelques secondes avant de le lui dire.
Pendant un instant, j'étais seule à savoir.
C'est pour ce soir.

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Hier matin, j'étais là à son réveil, j'ai négocié avec lui pour l'habiller (traduction je l'ai collé devant un dessin animé), au moment de se quitter il a bordé une petite tortue en la disposant au milieu de mon oreiller, "au revoir tortue", bonne journée. Le soir on a diné japonais, et au moment où on allait le coucher avant de baver devant Le Meilleur Pâtissier, il est arrivé dans le salon avec 2 plaids, un oreiller, une tétine, son Coco, Mana (alias Simba) et il s'est calé entre nous deux avec ce petit attirail en se dandinant. On s'est regardé, ébahis par sa mignonnerie, et puis après un quart de seconde de mûre réflexion, on l'a gardé comme ça avec nous, en le couvrant de bisous. Il s'est couché un peu plus tard mais pour rien au monde on serait passé à côté de ça.

Aaron, mon fils, mon bébé doux. Tu es né il y a 732 jours.
Je savais qu'avoir un enfant était une expérience indescriptible, je savais que l'amour allait jaillir et nous éclabousser à l'instant même où l'on te rencontrerait, je savais que tu allais changer mon monde.

Mais je ne savais pas que ce serait TOI.

Toi et tes petites manies adorables, ta tendresse, ta façon de nous caresser la nuque quand on te prend dans nos bras, de réclamer pour lancer des lessives, d'essayer de nous aider à les étendre, nous dire "câlin" quand tu as décrété que tu en voulais un, et manger en prenant les aliments avec tes doigts pour ensuite les mettre dans ta cuillère.

Si je pouvais parler à la Delphine qui venait de perdre les eaux je lui dirai qu'elle va avoir un accouchement horrible mais le plus mignon, adorable, drôle et fantastique petit bébé.
C'est aussi con que ça, je passe mon temps à t'admirer. Je croyais que 18 mois était mon âge préféré, et puis tu t'es mis à parler, et tout a été décuplé, moi qui pensait ne plus pouvoir t'aimer encore plus, ça déborde, de tous les côtés. Chaque jour qui passe est ma nouvelle période préférée.

Je ne sais pas de quoi demain est fait, j'espère te voir grandir jusqu'à ce que tu aies des rides sur le front et les bouclettes ramollies, je veux juste respirer chaque jour auprès de toi jusqu'aussi longtemps que la vie nous le permettra. J'ai passé les 732 jours les plus beaux et les plus inoubliables de ma vie, je te pardonne la centaine de nuits ratées dans le lot, les caprices parce que tu ne veux pas te moucher ni t'allonger pour t'habiller, les tétines jetées hors du lit exprès avant de dormir, puis réclamées pour qu'on vienne te câliner, les fois où tu as préféré ton papa, les moments où tu as essayé d'être insolent en nous regardant droit dans les yeux, et les fois où tu nous a poussés à bout tous les deux. T'es un vrai colérique, un hypersensible, tu boudes avant de te jeter dans nos bras, et nous on essaie de comprendre tout ça. Je t'aime pour tes câlins comme pour tes colères, je t'aime exactement comme tu es.

732 jours.
A se demander si on fait bien, à relativiser, après tout on essaie, à se remettre en question, à penser à ton avenir, à l'argent, à la santé, à la vie.
732 jours à penser à toi quand on se réveille et quand on s'endort, à réfléchir à ta tenue du jour quand il fait froid dehors. A soupirer en pensant que tu vas l'attraper quand on tombe malade, à troquer mon Deluxe contre un happy meal au MacDo juste pour le jouet, quand tu avais 6 mois et que tu ne mangeais même pas encore ces cochonneries-là.
732 jours à réaliser comme la vie est différente quand celle d'un autre dépend de nous. A avoir plus peur des attentats que jamais et penser à se terrer au fin fond d'une campagne le lendemain du 13 novembre. Pour toi, pour t'offrir une vraie enfance, celle qui te laisserait un million de souvenirs, de genoux écorchés, de papillons attrapés et de roulades dans la boue. Loin des fous, loin des tablettes, loin de notre stupide iPhone. Dans un monde où le meilleur pâtissier n'est pas dans la télé, mais dans la cuisine. En vrai.

On essaie, tu sais. Notre vie est ici, c'est nous, c'est aussi là qu'on a grandit. On va rester. On va s'améliorer, je te le promets.

732 jours à essayer d'être meilleurs pour te montrer l'exemple.
Pas un jour n'est passé sans que l'on essaie de te faire rigoler.
Si tu savais mon fils, comme ton rire est magique.  Il essuie les larmes, ravive les sourires et remet les pieds sur Terre.

Aux milliers de fous rires qui nous attendent, aux centaines d'histoires qu'on se racontera même tard le soir, aux négociations musclées qui arriveront chaque hiver avant de te moucher... Sachez qu'on vous attend. Impatients. Parce que ces 732 jours ont donné du sens aux miens, parce qu'ils nous ont fait nous aimer encore plus fort, ton papa et moi, encore plus qu'après le oui du 26 mai, plus qu'après les Seychelles, plus que la première fois où l'on s'est dit je t'aime. On était amoureux, tu es arrivé, et tu as fait de nous des alliés.

732 jours de toi. Et pas assez d'une vie pour décrire tout ça.

Merci de m'avoir choisi pour être ta maman.

732 jours que je ne suis plus la même, je suis mieux. Je suis maman. Je suis fière. Je suis différente. Je suis plus fatiguée et plus aimante. Je souris dans le bus. Je tiens bon et parfois non. Mais je suis là pour toi. Si tu savais comme ça a tout changé de te porter et de t'aimer. Je ne te le dirais jamais, jamais assez. Tu es ma bénédiction, mon honneur, ma fierté dans la vie.
J'ai beaucoup pleuré avant toi mon fils, mais beaucoup moins, depuis 732 jours, peut-être surtout de joie.

J'espère très fort qu'un jour tu seras un homme qui me dépassera d'une tête, qui s'engueulera avec moi sur une histoire de sortie en boîte ou de scooter, qui me détestera quelques secondes, et qui lira tout ça. Rien n'aura changé, je crois même que d'ici là mon amour se sera encore multiplié.

Je t'aime mon fils. Je t'ai aimé le 29 mars, que j'ai lu le résultat sur le bâtonnet, je t'ai aimé il y a 732 jours, quand on t'as posé sur moi à 13h23, je t'aime chaque matin que le Ciel fait, je t'aime tellement que ça fait mal parfois.

732 jours à sentir la petite odeur à la naissance de tes cheveux et m'enivrer avec, pour l'éternité.

Je sais bien, que c'est toi qui va souffler la bougie, ce soir. Mais c'est mon seul souhait.
Alors, ne m'en veux pas, mais peut-être que, discrètement, tout à l'heure... je t'aiderai.


© Ourson Chéri


25.11.16

Une barbe à papa qui ne fondrait jamais, s'il vous plaît

Hier aux États Unis c'était Thanksgiving et à cause de l'impérialisme américain on est a deux doigts de regretter de n'avoir rien à fêter nous aussi à grand coups de dinde farcie et de sauce au cranberry. Je vois fleurir sur les réseaux sociaux les messages philosophiques de mes célébrités préférées, et à défaut d'être à la table or et pivoine de Kylie Jenner en Californie, ce soir, je partage avec eux une chose. 
La gratitude.  

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Nous sommes le 25 novembre 2016. J'ai chopé un petit rhume la semaine dernière et j'ai des cernes de 10 kilomètres, mais à part ça, je suis en bonne santé. Au dessus de ma tête il y a des voisins, d'ailleurs ils font tomber beaucoup de choses ces cons, ça nous fait sursauter le soir et on a toujours peur que ça réveille Aaron, mais encore au dessus d'eux, il y a un toit, et rien ne bat ça. 
Un travail, un RER trop souvent en panne, et une autorisation de découvert. Un dressing mal rangé, beaucoup de chaussures mais pas assez de jeans. 
Une cuisine avec des shots en guise de coquetiers et mon rêve ultime de la première fois que j'ai emménagé, un appareil pour faire les croque-monsieur. 
Une douche avec deux jets, dont un façon pluie, mais pas simultanés, d'ailleurs nous fait chier. 
J'ai un bien joli confort matériel. Je me dis souvent que c'est moins que Bill Gates mais plus que les gens qui ne mangent pas tout les jours. 
Je sais qu'il y a une étoile insolente qui flotte au-dessus de moi et je crève d'envie de sourire bêtement rien qu'en y pensant. Parfois j'ai l'impression d'avoir tellement de chance dans la vie que j'ai peur qu'elle me file entre les doigts et que mon bonheur s'évapore comme fond la barbe à papa. 
Je me raisonne. Pour ne pas me porter malheur, j'essaie de penser aux gens qui ont encore plus que moi, en me disant égoïstement que si la vie doit équilibrer, elle leur prendra d'abord à eux.
Mon fils a bientôt deux ans. Il joue à cache-cache avec des légumes en tissu Ikea et sait compter dans le désordre.  Il refuse de dire son prénom mais j'ai découvert hier qu'il savait le prononcer. 
Quand il rit très fort, il a un rire muet, et c'est la chose la plus magnifique que j'ai vu de ma vie, j'en pleurerais. 
Il aime faire le ménage avec un vrai produit mais en disant "pschit-pschit" pour faire semblant. 
Quand il est de bonne humeur il nous fait des regards en coin en disant "coucou" pour nous faire craquer. Il aime les pâtes, les salades de tomates, les petits pois, les brocolis, les haricots verts en persillade et la quiche. Il n'a jamais bu une goutte de coca mais il pique parfois dans les cafés, après le diner. Il trempe ses madeleines dans la citronnade, l'un de ses papis dit fièrement que c'est ses racines tunes(isiennes) qui ressortent. Il passe deux heures dans la douche à fabriquer de la mousse et l'étaler sur la porte en verre. Il réclame parfois des câlins en se jetant contre nos jambes, fait des vrais bisous et colle sa joue contre nous quand il passe en mode glue.  
Aaron aura 2 ans dans 6 jours et il est le plus beau cadeau que j'ai jamais reçu de la vie. Parfois je me surprends à le regarder et me demander si c'est bien moi qui l'ai fait. 
Heureusement on était deux, ça m'aide à réaliser. Et puis ça tombe bien, parce que je suis reconnaissante pour lui aussi. Jamais dans la vie je n'aurai réussi sans un mari aussi fou dingo, hilarant, stressé, amoureux, sensible, secret, dormeur, loyal et droit. Un qui me ferait rire juste parce qu'il me voit contrariée et me dirait chaque jour comme il est fier de moi. Un homme qui me croit quand je lui parle du harcèlement de rue, qui se révolte avec moi, qui m'a fait passer de femme fragile complexée à femme presque sûre d'elle qui croit très fort en ses rêves. Un homme qui écoute mes plaintes parfois mais m'encourage surtout à me dépasser, pour ne virer ni princesse ni aigrie. Un homme qui aura un jour une fille et en fera une guerrière. Bordel, s'il savait comme je suis fière du père qu'il est. 

Alors ce soir il n'y a pas de table en or recouverte de pivoines ni de dinde farcie, juste le reste de quiche d'hier et des légumes vapeur de chez Picard parce que j'avais la flemme. Il y a quelques éclats de rires et les larmes cachées qui les accompagnent, pour se rappeler chaque jour qu'on les as, eux,  même si c'est trop précieux pour être à nous, même si c'est trop éphémère, trop bon, même si ça fond. 
Depuis deux ans mon pays a l'air en guerre, et moi au fond j'en ai rien à foutre des primaires. 
Je dis juste merci à la vie, de m'avoir laissé tous ceux que j'aime en bonne santé, avec un toit de voisins maladroits et deux ans de rires à nous trois. Merci. Pour aussi longtemps que ça durera. 


© Ourson Chéri