15.2.17

Le journal de ma grossesse - les premiers mois

Je suis bientôt à la moitié.
La moitié, les gars. 

Et je n'ai définitivement pas assez écrit là-dessus. 
Séance de rattrapage : le point des premiers mois pour Baby N (alias nounours bis ou nounouchka) et moi. 


De 2SA à 6SA (1er mois de grossesse)

RAS - Savourer...

Mon corps 
Rien n'a changé pour l'instant. Les seins prennent du volume et ce n'était pas arrivé pour la grossesse précédente. Pas encore d'autres symptômes. 

Ma tête 
Je me sens bien. Contrairement à la dernière fois, je ne compte pas les semaines à rebours dans la crainte de la fausse couche. Je ne saurais pas comment l'expliquer mais je sais et je sens que tout va bien se passer. Je nage dans le bonheur.

Mon coeur 
Sur mon nuage, je flotte dans les airs. Pas superstitieux, on l'annonce déjà à nos familles et nos plus proches amis. J'ai besoin et envie de vivre cette grossesse à fond, dès le départ. Ce sera peut être ma dernière grossesse, on s'est fixés sur l'envie d'avoir deux enfants, en laissant peut-être une petite ouverture un jour pour un troisième, dans plusieurs années, et avec beaucoup plus d'écart... alors je tiens à tout prix à tirer les leçons de ma première grossesse pour réussir à l'apprécier vraiment cette fois.

Baby N 
La graine de pavot se fait discrète et pousse sereinement. 



De 6 SA à 10SA (2ème mois de grossesse)

+2 kilos et un odorat de Berger Allemand. Je n'aime plus le café. Moi! 

Mon corps  
Je le hais. Mon corps me laisse tomber. Nausées, brûlures continues pendant des heures dans l'oesophage après chaque repas. Esomeprazole, omeprazole, gaviscon, bicarbonate de soude, gingembre, primperan, je prends tout, rien ne me soulage même un petit peu. Cette grossesse devient un cauchemar invivable. Je tiens le coup en me répétant tous les jours que ça va bientôt passer et que c'est normal.

Ma tête 
Je suis déterminée les premières semaines. J'arrive à lutter contre les nausées et je suis motivée à profiter de ma grossesse malgré toutes ses difficultés. Je contacte mon gynéco dès les premiers signes apparus, et je prends chaque problème à bras le corps, persuadée que je vais réussir à tout contrôler. Vers la 9ème semaine, ma détermination commence à flancher. Face à mes échecs successifs, j'accuse le coup. 

Mon coeur
Je suis nerveuse, je ne pense qu'à mes maux, et je m'interdis de trop me projeter à cause de mes nombreux problèmes. On ne sait jamais ce qui peut arriver.

Baby N
Je m'inquiète beaucoup pour mon bébé. J'ai peur que ma santé catastrophique soit en réalité le signe d'un problème avec la sienne. J'ai droit à une mini écho de contrôle à 9SA par mon gynéco, perplexe devant mon état et l'inefficacité des médicaments. Par chance, pour le bébé, tout va bien. Il nage tranquillement dans sa petite piscine chauffée, le cœur bat la chamade, nous voila rassurés.


 De 10SA à 14SA (3ème mois de grossesse)

 +3kg, ventre tout plat et musclé le matin, et digne d'une femme enceinte de 5 mois le soir. 

Mon corps
Quand les nausées commencent à s'estomper vers la 10ème semaine mais que les vomissements du reflux, qui lui, n'a pas disparu, se mettent en place, je craque. La situation se détériore et atteint un point insoutenable. La perspective de subir tout ça encore plusieurs semaines ou même toute ma grossesse est insupportable. Chaque jour, chaque repas est une nouvelle épreuve. Je suis arrêtée une semaine, juste avant Noël.

Ma tête 
Moralement je ne tiens plus le coup. Je n'ai plus goût à rien, je pleure le soir en m'endormant, tout en priant pour que mon calvaire s'arrête un jour. Je pense au pire. Le mari tente de me soutenir comme il peu, désemparé. Même mon fils le remarque, il me prête parfois son coco quand il me voit sortir des toilettes.

Mon coeur
Je ne pense à rien. Je ne profite pas. Je suis tout à mon calvaire et je n'arrive pas à me projeter dans ma grossesse pour le moment, les maux l'emportent sur tout. Vient le moment de pouvoir l'annoncer officiellement, un vrai réconfort qui me donne un petit élan positif. Tant pis pour la prudence, j'annonce tout 2 jours avant la première écho. J'ai besoin de cette concrétisation, mais je ne me sens pas encore légitime comme femme enceinte, parce que cela ne fait que deux mois. J'intériorise tout, je ne projette pas mon bébé mais je pleure comme une madeleine quand Mistral Gagnant passe à la radio. 


Baby N
Vient l'heure de la première échographie à 12 SA. On détecte une anomalie au niveau du cordon: il n'y a qu'une seule artère ombilicale au lieu de deux. Le médecin et la sage femme présente sont rassurants, je suis confiante. Puis les jours passent... ça va trotter douloureusement dans la tête en secret. Et s'il y avait un problème ? Je fais l'erreur monumentale de regarder sur internet, et là, les terribles informations notamment sur les possibles malformations que je lis finissent de m'achever. Je n'arrive par encore à profiter pleinement, car ma santé est catastrophique et celle de mon bébé incertaine. Je dois patienter jusqu'à la deuxième échographie pour crier victoire.


De 14 SA à 18 SA (4ème mois)

+4kg, ventre toujours inexistant au réveil et énorme le soir. Je bois du café à nouveau et j'ai une passion démesurée pour les crudités. Je n'ai plus de cheveux, non, j'ai une crinière !

Mon corps
Mes vacances en Thaïlande se sont déroulées dans le même état de découragement total face à mon reflux, de plus en plus violent, invivable. A mon retour, je suis à nouveau arrêtée par les médecins. Je décide de reprendre les choses en main, je veux qu'on me sorte de là. Je vais voir mon gynécologue en urgence, et je prends rendez-vous chez l’ostéopathe. Le soir même, hasard ou effet psychologique, je sens un progrès. Je suis désormais sous Motilium et Inexium, mais les vomissements cessent. Une légère gêne subsiste après les repas, un petit sentiment d’écœurement.

Ma tête
J'ai repris le dessus, j'ai envie de me sortir de cette spirale infernale, je veux profiter de ma grossesse. Bref, je suis passée en mode warrior ! J'ai longuement discuté avec mon gynécologue de mes craintes sur la santé du bébé à cause de l'AOU (Artère Ombilicale Unique) et il m'a rassurée à nouveau. Je lui fais confiance. Je décide d'enterrer tout ça au fond de ma tête jusqu'à la 22ème semaine et je suis décidée à vivre pleinement en harmonie avec mon bébé, sans penser à cette épée de Damoclès qui flotte au-dessus de nous jusqu'à la deuxième échographie. 

Mon coeur
Je me lâche, j'ouvre les vannes, je l'appelle par son prénom, qu'on a déjà choisi, oui oui, à priori on connaît le sexe (pour la forme, on attend quand même la confirmation de la deuxième échographie pour l'annoncer, les erreurs restent fréquentes à 12SA), j'ai fait les soldes et même acheté quelques body d'été taille nourrisson pour la maternité. C'est ma manière à moi de concrétiser, de mettre du bonheur et des étoiles dans ces moments de fragilité. Je morfle, mais je vais avoir un bébé et puis il portera ça

Baby N
Tous les soirs, devant nos films et séries, après mon petit massage hydratant, je pose mes mains sur mon ventre et j'attends. Parfois, je sens les vagues, mon coeur bat à tout rompre, c'est tellement léger que je ne peux pas encore le partager avec le mari, il ne le percevrait pas, alors je garde ça pour moi, c'est mon secret, notre secret, au bébé et moi. On créé enfin un lien après ces semaines de souffrance.


Ce n'est pas tout à fait fini. Le traitement continue, indispensable -j'ai bien essayé de tout arrêter, c’était dramatique- les douleurs pelviennes font déjà leur apparition (c'était au 6ème mois pour Aaron), mais tout va mieux, je comprends des choses, vous savez, ces grandes leçons que l'on doit à ses enfants. Aaron m'a appris tellement depuis sa naissance, et ce bébé m'apprend aujourd'hui, moi la grande impatiente, à apprécier la vie telle qu'elle est maintenant. Je ne peux pas attendre la deuxième échographie ni de le savoir en bonne santé pour l'aimer, je l'aime déjà, plus que tout, mon bébé grenadine de 14cm. 
Je fais avec le reflux, et lui fait avec l'artère ombilicale unique. On est forts, à deux.
Finalement, à notre manière, on se bat un peu, déjà, l'un pour l'autre. 
En juillet, tout ça ne sera plus qu'un souvenir.
En juillet, tu seras enfin, enfin, dans mes bras.
On va y arriver, et on sera fiers de nous. 
On va vivre à fond d'ici là. 
Parce que je veux y croire. 
Parce que tout ira bien. 



©Ourson Chéri






7.2.17

Jusqu'à ce que la mort nous sépare

Vous les connaissez ? Les deux mini larmes au coin des yeux, celles que l'on ne veut surtout pas faire couler par peur d'être grillée, alors pour les esquiver on regarde par la fenêtre, on cligne 10 fois et on pense à autre chose.

On s'est dragués comme deux gamins au Duplex, on partait au petit matin alors qu'il faisait -1 et on descendait l'avenue Foch avec du noir du sous les yeux et plus de gel. 
Dimanche 29 Janvier 2017, 10 heures, rond point de la porte Dauphine. 
Il fait gris et froid. Aaron, l'enfant dont j'ai rêvé quand je suis tombée amoureuse, à l'arrière avec son coco et ses moufles qui pendouillent du manteau, John Legend dans nos oreilles et lui qui sourit en répétant "Even when you're crying you're beautiful too".
Mon bébé grenadine me donne un coup, une caresse peut-être, on ne sait pas trop mais c'est doux. 

-

Facebook est bon. Très bon. 
6 février 2017. Ce matin, Facebook m'a rappelé qu'il y a 8 ans j'ai emménagé dans mon premier appartement, seule. Vous savez, les fameux sacs poubelles parce que j'avais pas de cartons. C'est mon père et mon oncle qui m'ont aidée à trimballer tout ça du 34 bis rue de Longchamp à Neuilly sur Seine (station Pont de Neuilly ligne 1) jusqu'au 15 rue saint Lucie (station Charles Michels ligne 10, reloue un peu, mais, en marchant 5 minutes de plus, station Félix Faure ligne 8). 
L'appartement était minuscule et parfait, y avait du rose et du vert sur les murs, du coco sur le sol (décidément ce coco m'a poursuivie toute ma vie) on rentrait à peine à deux dans la cuisine et dans la salle d'eau mais en faisant un effort je vous assure qu'on y rentrait, puisqu'on s'est embrassés dedans le 10 mars 2009 sans trop se marcher dessus. J'avais le lit une place de mes 14 ans, 90 cm de bonheur et de sommeil collés à deux. Tu préfères prendre le côté du mur froid ou celui du vide intersidéral, avec le risque de tomber par terre dans la nuit si l'autre te pousse un peu trop? Mur froid, ok c'est parti, bonne nuit chéri. 

7 février 2009. 20 ans et demi. 
Troisième année d'études de journalisme.
Réconciliation amorcée depuis 2 mois avec mon meilleur ennemi. 
Fin des regards noirs, retour des sourires complices à moitié gênés dans les couloirs.
Eh Steph, truc de ouf, j’ai rêvé de David Maarek cette nuit, je crois que je suis amoureuse de lui.
Comment ça il a une meuf ? T'es sûre. Les boules putain. 


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On commence l'année 2017, on vit toujours dans les cartons, les papiers sont pas rangés depuis 6 mois et le poussin s'incruste toutes les nuits dans notre lit à 4h du matin, la faute à la crèche, au bébé dans maman ou aux quintes de toux, je sais pas, on en reparlera une autre fois, mais les cernes se creusent et nos cœurs s'éloignent. 
Empêtrés dans cette merde universelle, vous savez, la routine et la fatigue. Je laisse trop traîner mes chaussures apparemment, lui oublie de m'embrasser avant de dormir. On se tourne le dos en se couchant, il paraît que c'est juste qu'on préfère dormir comme ça.  De la merde, oui, avant on dormait dans 90cm et on dormait bien, on avait pas mal au dos le lendemain matin. 

On s'aime en photo, on s'aime en texto, mais la vérité c'est que c’est beaucoup plus compliqué de s'aimer en vrai et ça personne le mentionne ni dans les contes ni à l'école. On nous avait pas prévenus il y a 8 ans qu'il y aurait des hauts et des bas, moi j’ai été élevée aux petites souris qui chantent et aux princesses qui n'ont pas besoin de ranger leurs chaussures puisque quand elles les perdent, un beau gosse vient leur rapporter.  J'avais juste 20 ans et demi. 
28 ans, bientôt deux enfants, et un mari à la tête d'ours et au cœur d'or. Il soupire beaucoup trop, quand il dort, il me tourne le dos, ça me rend folle, il ronfle et moi je cogite, parfois je voudrais le réveiller, rien que pour lui parler. 
Mais s'il y a bien quelque chose que j'ai appris tout ce temps, c’est que je serais une idiote de ne pas me battre. Pour son amour et sa bouche en cœur qui débite plein de conneries quand il est fatigué, et qui éclate de rire avec moi juste après, quand on réalise à quel point on est cons et tarés. 

Voila je l'ai promis un 26 mai, mais je me l'étais promis déjà bien avant. C’est lui. L'homme de ma vie. Je ne pourrais pas vivre sans ses plaintes et son dos tourné, pas vivre sans son sourire contagieux et son regard Space Mountain, sans sa manière de tout rendre drôle et mignon pour coller à mon univers à paillettes. Pas vivre autrement que comme on le fait maintenant. 

Dans quelques mois, il y aura une quatrième tête bouclée qui viendra s'incruster dans notre lit et on en viendra presque à regretter le une-place de la rue sainte Lucie, on aura encore plus de bazar dans cette maison, j’aurai peut être enfin réussi à arrêter de laisser traîner mes chaussures, "au fur et à mesure, tu arrives et tu ranges direct tu vois", il aura peut être appris à s'endormir tourné vers moi. Peut-être rien de tout ça. 

Il y a une semaine après la 20ème dispute et la 20ème réconciliation, j'ai voulu faire un geste. Un truc à la con, pour lui montrer qu'on s'engueule mais qu'on s'aime, quand même, alors j'ai ramassé les 5 paires de pompes qui gisaient dans l'entrée et j'ai préparé son ultime plat préféré. 
Je l'ai attendu. Quand il a finalement passé la porte de la maison, il avait visiblement pensé la même chose, avec son bouquet de roses dans la main. On s'est regardé et on a souri, parce qu'on savait. 
Ce serait jamais parfait. 
Mais il y a cet amour, qui déborde par tous les pores de notre peau. 
Alors on vit, parfois on casse, et on répare.
On m'a demandé un jour si j'avais déjà eu des doutes. J'ai répondu "jamais". 
Entre nous c'était écrit. 
Jusqu'à ce que la mort nous sépare.


© Raffi Mardirossian

31.1.17

Un déca et une grenadine, s'il vous plait

Il me l'a dit hier soir au dîner. 

"Je pense que c'est pour ce mois-ci."


J'avais la nausée, pas très faim, mais ce n'était pas un indice, non, impossible, j'étais à J15, j'avais juste une nausée ce soir-là, mais lui l'a senti comme ça. Malgré mes tentatives désespérées d'en savoir plus, comme si l'instinct de mon mari valait un milliard, et valait tellement plus que le mien qui m'avait fait défaut à chaque cycle, je buvais ses paroles. Evidemment, son argumentaire n'a pas été aussi loin que je l'espérais secrètement, il le sentait, voilà, c'est tout. 
Cet instinct venant de lui pour la première fois me donnait d'un coup l'espoir que je me refusais depuis mon foirage total du premier cycle d'essai, celui sur lequel j'avais clairement beaucoup trop compté. 


10 jours plus tard


C'est là, j en suis sûre cette fois. 
Je le sais parce que je me sens bien. Je suis heureuse. Sereine. Énergique. 
C'est rare en fin de cycle. C'est habituellement la phase déprimatoire, bonjour tristesse, fatigue extrême. 
Alors je n'ai pas besoin de nausée ou ni encore d'absence de règles. 
Mais je sais.
Je fais un test, la barre est tellement pâle, à peine perceptible, je ne l'aperçois que grâce au flash de mon appareil photo. 
Je m'en fous, je sais, je suis sûre. 
Je passe la journée à savoir, ça flotte comme ça, autour de moi. 
Personne du monde médical ne me l'a confirmé mais je le sais. Et pas comme la première fois. 
Quelques heures plus tard, j'irais faire une prise de sang. Je recevrais le résultat sur mon portable, en pleine journée, avec 10 personnes autour de moi à qui le cacher. 
Je déciderai d'ouvrir le résultat plus tard, seule, et puis je le chargerai quand même le document, vous savez, juste pour qu'il soit tout prêt des que je le voudrais. 
J'apercevrai par mégarde un numéro,  comme ça, alors que je suis en plein milieu de mon bureau. En un quart de seconde je saurais. Pour de bon. Ca y est. Ca a marché. 
46/ui. 
Ne souris pas. Ne pleure pas. Continue de clavioter. Tu es enceinte. Ca y est. Cette fois c'était la bonne. 

Je vais accoucher en juillet. Je vais avoir un bébé d'été. Aaron et lui auront 2 ans et 7 mois d'écart. Je l'aurais juste avant ma 29ème bougie. L'année des 30 ans du mari. Voilà. Juillet. Cancer. C'est bien cancer ? Oui ce sera bien comme signe, puisque ce sera mon bébé, mon petit deuxième d'amour. 

Je t'aime, je t'aime, je t'aime, ma minuscule graine de pavot. 

Je marche dans les couloirs du métro et je suis enceinte. 
Bonjour, une demi-baguette s'il vous plaît (je suis enceinte). 
Je m'endors (tu te rends compte quand même ou pas du tout) et à mon réveil je me demande si tout est réel. Au fait, je suis enceinte. 

L'aventure commence. Ou plutôt, l'aventure est repartie. 

Au fait. Il avait raison. C'était bien pour ce mois-ci.


--


Un café allongé, ah non pardon, un déca allongé, et une grenadine s'il vous plaît. 

Bon, alors, mon cœur, je t'explique le plan. On va gonfler ces ballons, et les accrocher sur ce fil, pour faire une guirlande. Après, on va la mettre sur la poussette, les tabourets et nos chaises pour que Papa la voit en arrivant. Ça va lui faire plaisir. Ok ?

J'ai récupéré Aaron chez la nounou, on s'est dépêchés, on est passés au Monoprix acheter les ballons les moins moches, de la corde et des bonbons. On a couru jusqu'au Foch, celui qui est en face de la gare où il laisse sa voiture tous les matins. On s'est installés là, en terrasse, où il n'y a personne, pour garder un peu à nous ce moment pourtant en plein milieu de la rue. 

On a prétexté un problème de bus et on a dit qu'on l'attendait dans un café parce qu'on avait froid, qu'il fallait qu'il nous rejoigne là parce qu'on buvait très lentement, une grenadine ça se savoure pardi.
En vérité, il ne fait pas encore froid, on s'en fout, on fait semblant, ça fait partie du plan.
Je gonfle les ballons sous le regard amusé de mon premier bébé, j'en éclate trois de nervosité, et puis enfin, tout est prêt.
Tu bois ta grenadine mon poussin? Mon gâteau ? Ah, tu veux mon petit spéculos... trempé dans le café... Ben voyons. Tiens regarde, voila Papa, ça y est il est arrivé, tu lui fais coucou ? Il attend au passage piétons, c'est bon, il nous a vus, il fronce les sourcils, ça doit être à cause de la guirlande de ballons au dessus de nos chaises, le feu passe au rouge, il traverse, il sourit, mais pas comme d'habitude, je crois qu'il sait, il a compris, il a deviné, que tu vas avoir un petit frère ou une petite soeur.
J'avais acheté une carte et écrit un mot à la hâte, pour lui annoncer. Il s'assoit sur le tabouret en face de moi et me regarde droit dans les yeux. Il me fixe, le regard pétillant. Pour la forme et avec un sourire jusqu'aux oreilles, il nous demande quand même ce qu'on fait là, je lui souris, je souris toujours quand je suis nerveuse, je lui donne la carte, il fait commence à l'ouvrir mollement et me dit que c'est pas la peine, qu'il sait déjà, je suis enceinte c'est ça ?

Oui. C'est ça.



Le temps s'arrête une seconde sur son visage. Je ne veux jamais oublier son regard à cet instant. L'amour de ma vie, le père de mes bébés. On va être parents à nouveau.

Il est tard, il fait nuit maintenant. On abandonne la grenadine, on fait un câlin familial devant la fontaine qu'Aaron voulait admirer depuis tout à l'heure, et on repart tous les trois. 


Pardon. 

Tous les 4. 

Il était vachement bon ce déca. 




© Ourson Chéri

19.1.17

Ma routine grossesse anti-vergeture

Vous l'avez lu partout, vous l'avez entendu 100 fois : les vergetures sont héréditaires. Ça dépend de l'élasticité de la peau. Les crèmes sont inutiles. Si tu dois craquer, tu craqueras.

Moi, je n'y crois pas et je vais vous expliquer pourquoi !


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Il faut savoir plusieurs choses à mon sujet.

Je suis accro au poivre, je déteste dormir les cheveux mouillés, et j'avais une hantise des vergetures.

Comme la vie est mal faite, j'ai assez rapidement constaté que j'avais une peau de merde sujette aux vergetures, puisqu'à mon adolescence, mes hanches et toute la région alentour ont craqué. Avec des antécédents familiaux, j'étais persuadée que j'en hériterai également pendant ma grossesse.
Pourtant, enceinte d'Aaron, j'ai réussi à échapper aux vergetures. Mon ventre s'en est sorti haut-la-main pour mon plus grand bonheur, j'en ai juste eu quelques unes, très fines, là où j'avais beaucoup grossi et que je n'avais pas pensé à hydrater, à savoir le haut des cuisses.

Je suis enceinte pour la seconde fois, et j'ai décidé de répéter mon rituel d'hydratation.
Petit récap de mes astuces anti-vergetures de grossesse.


1- Hydratation

La première idée que les femmes ont en tête pour éviter les vergetures, c'est l'hydratation de la peau. Je pense qu'elles ont raison! Puisque les stries sont une conséquence de la distension excessive de la peau, une peau bien hydratée, c'est logiquement une peau plus souple, non? La preuve, le seule endroit qui a craqué pendant ma grossesse c'est celui que j'avais oublié de crémer.

Comme je suis obsessionnelle et que je passe des heures entières à faire des recherches sur internet, je peux vous affirmer que les crèmes et huiles que j'ai sélectionnées ne sont pas dans ma liste par hasard.
Le matin, j'applique la crème riche Jonctum, qui est composée de Centella Asiatica alias "l'herbe du tigre" une plante magique aux milles vertus dont celle de la stimulation de production de collagène.
Le soir, j'ai opté pour l'huile de massage anti-vergeture de la marque Weleda, une marque réputée pour ses compositions toujours naturelles. La présence d'huile de germe de blé riche en vitamine E, anti-vieillissement des cellules, a fini de me convaincre.
Ces deux produits sont deux que j'ai utilisés pour la grossesse d'Aaron, de la 20ème semaine jusqu'à mon accouchement (et un peu après!). Quotidiennement !
Cette fois-ci, je vais ajouter une nouvelle huile qui m'a également séduite, et que j'appliquerai en plus des deux autres : l'huile sensorielle de la marque Daylily Paris. Une huile au parfum exceptionnel (mélange de petit beurre et de pop-corn au caramel) qui fait un bien fou aux sens, pour un moment de détente parfait lors de l'application (et un bon massage, c'est aussi la garantie d'une pénétration optimale de tous les actifs du produit, donc à ne pas négliger) mais surtout une composition au top, avec des huiles naturelles dont celle du rosier muscat, un ingrédient anti-vergeture réputé, et un actif que je ne connaissais pas auparavant, la dermochlorella, extrait d'une micro-algue verte aux propriétés régénératrices surpuissantes.

Tous ces produits sont indiqués pour prévenir l'apparition de vergetures, mais aussi lutter contre celles déjà existantes. Si par malchance, des vergetures venaient à apparaître sur mon ventre, j'essayerai sans attendre deux autres produits pour parvenir à les estomper:
En premier lieu, le très réputé Aloe Vera. On peut en acheter sous forme de gel pur en magasin bio. Il ferait des miracles si l'application est régulière.
Un autre produit dont j'ai entendu parler, beaucoup moins connu, mais apparemment extrêmement efficace: l'huile de Tamanu. Une plante tahitienne aux pouvoirs extraordinaires, notamment utilisée pour traiter les brûlures.

Une peau hydratée, ce n'est pas seulement à l'extérieur... C'est quelque chose que l'on a tendance à oublier, alors mes deux astuces d'hydratation intérieure:
-Boire énormément d'eau. Je bois au moins une bouteille entière, tous les jours, et je m'achète des eaux minérales de marques différentes, pour varier les apports minéraux.
-Avaler une capsule d'huile d'onagre et de bourrache chaque jour à partir du deuxième trimestre. Ces huiles aux propriétés régénérantes vont booster le renouvellement cellulaire et donc l'élasticité de la peau.


3- Alimentation

Pour éviter les vergetures, la première clé c'est la limitation de la prise de poids lors de la grossesse et faire en sorte que la prise de poids sera progressive.
Pour Aaron, j'ai pris progressivement mais je suis tout de même montée à 18kg, ce qui correspond à une prise de poids supérieure à celle recommandée. Je dois avouer que je n'avais pas beaucoup surveillé mon alimentation (traduction je me suis gavée de pizza et de KFC pendant 9 mois). Par chance, mon rituel de soin a tout de même réussi à épargner ma peau, mais cette fois-ci, ne serait-ce que pour l'équilibre et la bonne conscience, j'ai décidé de soigner mon alimentation et faire attention à ce que j'allais apporter à mon corps.
Avocat, noix, poissons gras comme le saumon, huile d'olive riche en oméga-3 sont autant d'aliments riches mais sains qui participent à la souplesse de la peau.


3- Homéopathie

Mon dernier secret anti-vergetures ! D'après mes recherches, seraient efficaces dans la prévention des vergetures : Calcarea fluorica 4 CH, Silicea 4 CH et Graphites 4 CH (3 granules de chaque par jour). Pour Aaron, j'avais pris Calcarea fluorica et Graphites. 


Dans cette phase déjà bouleversante sur le plan physique, j'espère que ces petites astuces pourront vous être utiles et vous aider à entretenir une belle peau pendant votre grossesse. Au bout du compte, l'essentiel c'est bien sûr un enfant en bonne santé. 
Mais une maman bien dans son corps, ça n'a pas prix... alors autant mettre tous les chances de notre côté !



L'huile sensorielle DayLily Paris © Ourson Chéri


16.1.17

Tiens-toi droite



Je suis voûtée. Je me tiens comme ça tout le temps. Même debout. Assise on dirait presque que je suis atteinte d'une maladie osseuse tant ma colonne est pliée. En Thaïlande, on a plaisanté là dessus avec G qui se tient parfaitement droite en tout circonstance. C'est tellement plus joli et élégant. Pourquoi j'ai la flemme de me tenir comme ça. En plus elle a raison ça doit pas être bon pour moi. En fait, je crois même que ça ne doit pas être bon pour nous.  


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-Allez-y, restez debout, tenez-vous droite, voilà, ah vous avez quand même une jolie scoliose hein, ok, allongez-vous, on va regarder tout ça. Ce que vous me décrivez, c'est quand même typique d'une hernie hiatale, il faudrait que vous fassiez une fibroscopie, demandez à votre gyneco. 


Le plafond est blanc, le cabinet est froid mais rassurant et il y a une petite musique de fond, style asiatique, qui passe avec un bruit d'eau qui coule, le genre de bruit qui vous donne tout de suite envie de pisser. 
Je suis enceinte de 15 semaines et je suis enfin chez l'ostéo parce que je vis un calvaire depuis deux mois. Genre celui qui vous mène limite au bord de la dépression. Si je mange, je souffre, et comme je ne suis pas devenue anorexique, ben je morfle. Chaque bouchée m'emmène en enfer, il suffit que j'attende 5 minutes et les brûlures arrivent. Je les sens monter depuis le fond de mon œsophage, je serre les dents, je ravale ma salive, je bois de l'eau pour me soulager, mais la seule chose qui me soulage, l'espace de quelques minutes, c'est avaler une deuxième bouchée. Alors j'y vais, et 5 minutes après il ne me reste plus que mes regrets. 
Au début j'ai tenu bon. 
Semaine 6, je préviens mon gynéco, il me prescrit des cachets, je vais à la pharmacie direct en me disant que je gère comme une as, que la vie est belle, et que cette grossesse sera parfaite. 
Semaine 9, je sature et les vomissements arrivent, forcément, à force de brûler, c'est tout mon corps qui rejette la bouffe. Avant les repas, après, deux heures plus tard. Mais pour Aaron, tous les symptômes hormonaux se sont arrêtés en semaine 10 alors je tiens le coup, le bout du tunnel n'est pas si loin et je découvre Inexium pleine d'espoir. 
Semaine 11, les cachets sont inutiles, ma patience a disparu, chaque repas est un calvaire, chaque jour un nouveau combat. Mon dilemme quotidien? Me demander si je dois me retenir de vomir et traîner mon mal en silence ou tout lâcher et vomir, même dans la rue. Dans le RER, dans la voiture, dehors, chez mes amis, au travail, à la maison, dans mon bain, dans la chambre, devant mon fils. Se tenir la gorge, respirer profondément pour l'éviter, finalement vomir, peu importe où, 7 jour sur 7, 24 heures sur 24. C'est mon corps qui décide à ma place, ma tête ne lui répond plus. Et tous les soirs en fermant les yeux les larmes coulent d'épuisement et de douleur. 
Les semaines défilent, le samedi est mon jour de référence, celui qui marque la date anniversaire, une nouvelle étape. Et chaque dimanche je me rends compte que rien n'évolue. Ça empirerait presque.
Semaine 14, même en vacances ça m'a poursuivi. Même au bout du monde, même sans travailler, même quand je déambulais dans la rue sous le soleil de Bangkok et que les Thaï faisaient griller leurs putains de brochettes qui me dégoutaient, même à la plage avec une coco dans la main, même le soir après avoir mangé un pauvre bol de riz gluant, partout, tout le temps. 
 
14sa+4j. Je suis rentrée à Paris.
Aujourd'hui, j'ai encore vomi au travail. Quand je me suis levée de ma chaise, j'ai vu des étoiles, il paraît que j'étais blanche comme le mur, il est quatre heure et demi, je suis partie, et je sais pas ce qu'il s'est passé, mais j'ai tout oublié. Trou blanc. Je n'ai plus de forces. C'est fini. Je me suis assise par terre sous la pluie. 

J'ai pu appeler le Mari. Je suis rentrée en Uber et je suis allée chez le médecin. Arrêt. À nouveau. La suite c'est 12 heures de sommeil, et une résolution : l'osteo. 
Hier j'étais fatiguée, aujourd'hui je suis en colère. Je veux qu'on me sorte de là. Je veux profiter de ma grossesse. Je veux que mon bébé arrête de m'entendre pleurer tous les jours. Je veux aller bien. Aidez-moi à aller bien. 

--

-Ouh la la mais vous êtes complètement fermée !
-Hein?
-Le thorax, madame ! Vous êtes fermée. A double tour. Vous êtes complètement repliée sur vous-même ! Regardez, c'est dingue, quand je vous manipule, votre tête part avec le reste du corps. 
- [...]
-Vous gardez trop pour vous. Vous êtes une fausse calme, non? 
Il me sourit, jusqu'aux oreilles. Touchée. Je réponds timidement par un sourire mais je pourrais éclater en sanglots. 
-Vous somatisez vos émotions... Vous comprenez ce que ça veut dire ? Ben voila. Je dis pas que tout vient de là hein, votre reflux il est costaud, mais vous vous repliez beaucoup trop sur vous aussi... votre corps, vous ne l'aidez pas. 

Je ne l'aide pas. 
Je somatise quoi ? Tout. Je sais déjà. Je somatise peut-être la peur de ne pas être à la hauteur, la peur qu'il ne soit pas en aussi bonne santé, d'ailleurs il faudra encore un peu de patience pour le confirmer, la deuxième écho, fin février, et on sera fixés. 
Je sais, l'artère ombilicale unique est l'anomalie de cordon est la plus fréquente, mais vous savez, moi je veux juste qu'il soit en bonne santé et les autres, ceux à qui c'est arrivé, je ne veux pas savoir comment ça s'est passé. 
DPNI, prise de sang, vous aurez les résultats en janvier, ah par mail vous préférez, vous serez à l'étranger, ok. 

Relever ses mails en captant le wifi dans un salon de massage à Koh Samui. Vous aurez beau sortir d'un massage d'une heure à l'huile chaude de noix de coco pour la modique somme de 400 bahts vous somatiserez, encore. La tension reviendra, en un clin d'œil, jusqu'à ce que vous voyiez le nom du médecin s'afficher sur un mail en gras, et que vous lisiez en toute lettres "Tout va bien". Il reste l'écho morpho à passer, là on sera tranquille, mais il l'a dit, il l'a écrit. Tout va bien. 
Mon bébé...
Je vais arrêter. Je vais me calmer. Je vais y croire à nouveau. Tout va bien se passer. 
Je vais les enfermer et jeter la clé. Mon stress, mes angoisses, mes déceptions, mes peines, ma culpabilité, mon hyperémotivité, les gens méchants, les gens ignorants, les gens qui se foutent de mon bébé parce que c'est le deuxième et qu'il est invisible à leur yeux. 
Je vais arrêter de somatiser et je vais me tenir droite. 

Semaine 15 
Inexium, motilium, osteo, beaucoup de larmes et un MacDo, histoire de tout gâcher. J'ai mangé ce qui m'est déconseillé, pourtant j'ai l'impression que ça va, au moins un tout petit peu mieux. Je souris.
Le premier trimestre est fini, sûrement le pire de ma vie. 
Mais pour la première fois, j'ai senti mon bébé bouger. 
Et l'espace d'une seconde, juste le temps d'un micro coup de pied, j'ai absolument, littéralement, passionnément, tout oublié. 


© Ourson Chéri





28.12.16

Compter les jours (bref, essayer de faire un deuxième)

Négatif. Une seule barre de merde qui s'affiche et j'ai beau me rapprocher du bâtonnet à en loucher, pas l'ombre d'une deuxième barre croisée, cette deuxième barre qui représenterait le fameux "+++", vous savez, celui que l'on se souhaite entre essayeuses sur les forums de grossesse. C'est négatif pour ce mois-ci, partie remise, a dans 28 jours. 
Je suis obsessionnelle, impatiente, excitée, angoissée, heureuse, perdue. 

Bref, j'essaie de faire un bébé. 

Bienvenue dans les coulisses. 

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J'avais tout prévu, même mon annonce à David et, j'avais aussi une idée de l'article que j'aurais pu poster. J'y ai pensé dans le train du retour, quand j'avais ces crampes et rien d'autre à faire que l'horizon à regarder. J'ai foire mon annonce pour Aaron, alors cette fois, je vais faire les choses bien, une annonce grandiose, qui lui coupera le souffle, qui le rendra heureux immédiatement. J'avais tout prévu. Sauf le "+" sur le test. 

Les ennuis commencent. 
Je repense à la soirée des étoiles filantes. 
Un soir d'août, dans le sud de la France, on a décidé de ne pas se coucher tout de suite, on a enfilé un pull et on est allés s'allonger au bord de la piscine pour regarder les étoiles filantes (la teamsnapchat sait). J'en ai vu trois, mais comme je n'étais pas totalement sûre, j'ai fait le même vœu, trois fois, pour être sure qu'il se réalise. Si j'avais eu un "+" j'aurai remercié les étoiles. A la place je m'en veux, à moi. 
J'ai eu des crampes, des pertes, des vertiges, des contractions. Tous les matins et tous les soirs. 
J'ai fait des calculs, écumé 1000 forums, fait 2 prises de sang, 2 tests urinaires, le tout beaucoup trop tôt, alors j'ai attendu, espéré, cherché les mêmes symptômes que moi sur internet, en maudissant les forums, où tout le monde raconte son problème et jamais personne ne vient donner le dénouement. 
J'ai fini aux urgences, à force, dans cette maternité qui m'a donné Aaron et que j'aime tellement. 
On va vérifier tout ça, on va faire une écho, d'accord, oui, j'attends, c'est trop tôt pour voir, ok j'attends, pas de grossesse extra-utérine, super, j'attends, on va refaire une prise de sang, parfait, je reviendrai dans deux jours vérifier, oui, vous m'appellerez ce soir mais tard, ok. J'attendrai. 
J'attends toute la soirée le portable collé à ma main, je cherche des mots clés incompréhensibles à part pour une femme en essai bébé, "pds dpo 10" (si tu connais la traduction, tu en es peut être au même point que moi), oh et puis pourquoi elle rappelle pas, allez, j'appelle, oui bonsoir j'attendais les résultats d'une prise de sang, d'accord merci, oui j'attends. 

Attendre, attendre, attendre. 
Et puis en quelques secondes, tous les films que l'on s'est fait (date d'accouchement, saisons que l'on traversera enceinte), tous les sites que l'on a consultés (tableaux taux hcg jour par jour) sont balayés d'un revers de la main, par Sarah, l'interne qui décroche pour vous dire que c'est négatif et que ce n'est même pas la peine de tester à nouveau dans deux jours, nan, vraiment, c'est pas la peine. C'est mort. 
Parce que vous ne comprenez pas quel tour votre corps vous a joué, lui qui est réglé comme du papier à musique depuis votre puberté avec des cycles de 28 jours à l'heure près et sans la moindre hormone depuis 20 mois, vous entrez dans le déni. Ces médecins ne comprennent rien, n'importe quoi, c'est impossible, je n'ai jamais ressenti ça avant, je suis enceinte, obligatoirement. Je m'en fous, je referai un test dans 48 heures à 14 dpo et là, pour de bon, je saurai, je serai fixée. 

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Je suis à 14 dpo. Il est 7h00 et j'écris dans le métro. Ce matin, le test était négatif. Sarah avait raison. Mon corps s'est foutu de ma gueule pendant une semaine entière. Je ne le comprends plus. 
Mon corps y a cru. Il est aussi naïf et bête que moi. 

J'ai été déçue. J'écris et j'avoue que le sourire me revient. Je n'ai attendu que 15 jours. Je ne sais rien de l'attente, la vraie. Celle qui crée la surprise, celle qui fait qu'on n'ose même plus espérer. 
J'ai eu la chance de tomber enceinte d'Aaron après un cycle d'arrêt de pilule. Je ne sais pas combien de temps ça mettra cette fois, mais je viens de réaliser à quel point je voulais de ce bébé. On voulait ce bébé. Le mari aussi me l'a dit. 
On ne sait pas combien de temps on l'attendra. Mais on est sûrs cette fois, on est prêts. Je vais apprendre la patience, je vais apprendre à ne plus traîner sur les forums pour trouver des réponses qui me feraient vivre sur des espoirs, ça tombe bien je n'en pouvais plus de lire zhom, gygy, reds et les voir comparer leurs taux, non je vais arrêter d'interpréter des signaux, je n'achèterai plus de lots de tests de grossesses précoces pour vérifier "jusqu'à 5 jours avant", je laisserai faire, patiemment, parce que c'est la nature, c'est la vie et que le jour où je le verrai, ce putain de +, je le verrai comme il sera : un cadeau. 

Ce soir, on ira quand même à la fête des tuileries, là ou je voulais lui annoncer ce qui n'existe finalement pas. C'était un clin d'œil à notre histoire. Le 10 mai 2009, on fêtait fièrement notre deuxième mois d'amour, on mangeait des pizzas et des sushis dans un drôle de restaurant qui proposait les deux, et on filait à la fête des tuileries. On dépensait une fortune en jeux à la con, on se prenait pour Mr and Mrs Smith au stand de tir et on repartait vainqueurs d'une souris rose qui disait "I love You" que l'on décidait de baptiser Serge (psst, petit aparté, je l'ai toujours, elle est dans le cartons "merdouilles" dans l'entrée. Pourtant Serge est loin d'être une merdouille, croyez-moi).  
Ce soir, 7 ans plus tard, 14 dpo, on y retournera. Je voulais lui annoncer au sommet de la grande roue que j'étais enceinte. Je ne le suis pas. De toute façon j'ai le vertige c était une idée à la con. 
A la place, on va bouffer des conneries et gagner une autre peluche moche au stand de tir. Voila. Mon plan est tombé à l'eau mais on sera heureux quand même. 
J ai hésité à garder cette soiree surprise pour le-jour-où-j'aurais-vraiment-quelque-chose-à-annoncer, et puis j'ai décidé de tout laisser intact. 

On ne peut rien prévoir. 
Ni son "+++", ni son annonce. 
On dit que la vie, c'est ce qui arrive en dehors des plans que l'on fait et c'est tellement vrai pour moi. Je prévois tout. Beaucoup trop. Et je n'apprécie plus rien. 
Ce bébé n'existe pas encore mais il m'a déjà appris des choses. 
Pour lui, je vais laisser la vie me surprendre. Un jour, j'aurais une annonce à faire. 
Et ce jour-là, pour la première fois... j'improviserai

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Octobre 2016

Dpo 11. 
Prise de sang positive, taux bêta hgc : 46/ui 

Apres 4 cycles incompréhensibles de 26, 22,  23 et 25 jours, je suis tombée enceinte. 
La deuxième peluche que l'on a gagnée au Tuileries, 7 ans après Serge, nous a servi pour l'annonce. 

La vie est ironique. 
Non. 
La vie est belle. 





© Ourson Chéri